L'actualité du Château de Labro

Maison d'hôtes de charme et d'exception

L’esprit de Labro : transmis, vécu, partagé

01/09/2025

Derrière les murs du Château de Labro, une histoire se poursuit. Après Jean et Jean-Michel Rouquet, Rémi Nabaillès reprend le flambeau. Découvrez son parcours, sa vision et la façon dont il perpétue l’âme de Labro, racontés dans un entretien imaginaire avec… La Voix des Vignes.

L’esprit de Labro : transmis, vécu, partagé

Entretien avec Rémi Nabaillès

Propos recueillis par… La Voix des Vignes

Elles entourent le Clos Labro, veillent sur la piscine et changent de robe au fil des saisons. Les 1 200 ceps de vigne qui participent à faire du Château de Labro un lieu unique prennent ici la parole. “La Voix des Vignes” interroge Rémi Nabaillès sur son parcours et sa vision. Un dialogue imaginaire, élégant et complice, pour mieux comprendre le présent et l’avenir du Château de Labro.

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La Voix des Vignes : Rémi, peux-tu nous raconter ton parcours avant ton arrivée au Château de Labro ?

J’ai commencé en 2007 par un CAP Service en alternance à Castres, où j’ai découvert la restauration. J’y suis resté quatre ans : deux ans de CAP, puis deux ans en CDI. Ensuite, j’ai rejoint un hôtel près de Toulouse, et c’est là que j’ai découvert l’univers de l’hôtellerie. Séduit par ce secteur, j’ai décidé de poursuivre avec un BTS de gestion hôtelière à Toulouse, qui m’a ouvert des perspectives plus larges dans ce métier.
Mais il me manquait encore quelque chose : les langues. Alors je suis parti voyager pendant trois ans et demi – en Angleterre, à Malte, en Roumanie, en Nouvelle-Zélande, en Australie et en Espagne. J’y ai travaillé, étudié, appris, et surtout découvert d’autres façons d’accueillir.
En 2016, de retour en France, j’ai été recruté comme réceptionniste au Château de Labro par Mathieu Muratet, alors directeur général. J’ai gravi les échelons jusqu’à devenir directeur des opérations aux côtés de Jean-Michel Rouquet, alors propriétaire et directeur général.
En 2019, je suis parti à Paris rejoindre Mathieu pour accompagner la famille Bras dans l’ouverture du restaurant La Halle aux Grains, dont je suis devenu associé. Mais l’Aveyron m’a vite rattrapé : la famille Rouquet m’a proposé de revenir, cette fois pour reprendre le Château.

La Voix des Vignes : Et tout au long de ce parcours, quel a été ton fil conducteur ?

L’humain. Ce sont les rencontres, la passion pour l’accueil, le plaisir de faire vivre une expérience sincère à nos hôtes. J’aime les belles choses, mais plus encore le lien qu’elles créent. Mon exigence – pour moi, pour mes équipes, pour les lieux que je dirige – m’a conduit ici, presque naturellement.

La Voix des Vignes : Comment as-tu découvert le Château de Labro la toute première fois ?

En 2016, j’étais étudiant à Valence en Espagne et je n’arrivais pas à m’y installer professionnellement. J’ai alors cherché un poste de réceptionniste en France. Deux opportunités se sont présentées : une à Saint-Tropez, et l’autre… à Labro. J’ai d’abord eu un entretien avec Mathieu Muratet, puis Jean Rouquet, père de Jean-Michel et à l’origine du projet, m’a appelé en personne. Sa passion et sa vision m’ont convaincu. Très vite, au contact de Jean et de Mathieu, j’ai ressenti un véritable attachement pour ce lieu, qui n’a cessé de grandir au fil des mois.

La Voix des Vignes : La transmission avec la famille Rouquet a marqué un tournant. Comment s’est-elle déroulée ?

Elle s’est faite avec simplicité et confiance. Mais il est important de rappeler l’histoire : le Château de Labro, tel qu’on le connaît aujourd’hui, a été façonné début des années 2000 par Jean Rouquet et son épouse Nizou. Ils ont chiné chaque meuble, imaginé chaque espace et consacré une énergie incroyable à donner une âme à ce lieu. Ensuite, leur fils Jean-Michel Rouquet a pris la suite et s’est efforcé, pendant plus d’une dizaine d’années, de perpétuer le travail de son père.
Quand j’ai quitté Paris, Jean a appris mon projet et m’a proposé de revenir. Tout s’est fait de manière fluide, avec beaucoup d’humanité. Aujourd’hui, je reprends le flambeau. En quelque sorte, j’hérite moi aussi de cette charge patrimoniale et de cette authenticité qu’ils ont su créer et préserver.

La Voix des Vignes : Quels ont été tes premiers défis en reprenant les rênes de Labro ?

La solitude, d’abord. Pendant presque huit mois, j’ai dû tout gérer seul : l’opérationnel, les changements administratifs, les fournisseurs… C’était intense. Heureusement, Philippine Singla, que j’avais déjà recrutée en 2019, est revenue en mai 2024 après une belle expérience de manager au Hilton d’Évian les Bains. Elle partage le même attachement au lieu et, depuis, nous avançons ensemble.

La Voix des Vignes : Si tu devais résumer tes premiers mois en une image ?

Je dirais l’incertitude. J’ai tout misé sur ce projet, avec mes économies et l’aide de mes parents. Il y a eu des moments de doute, des incertitudes. Je savais qu’il fallait avancer, même sans garantie. Avec le recul, je me dis que j’ai eu raison de persévérer, car aujourd’hui je suis pleinement épanoui.

La Voix des Vignes : Quelle est ta vision pour l’avenir du Château de Labro ?

Continuer à monter en gamme, avec une exigence constante. Offrir une expérience irréprochable, préserver l’âme insufflée par Jean Rouquet, et faire en sorte que le Château de Labro devienne une destination en soi.

La Voix des Vignes : Au-delà du confort et de la beauté du lieu, que veux-tu que les hôtes retiennent ?

L’authenticité. Ici, pas de dorures, pas de faux-semblants. On fait les choses simplement et sincèrement. Je veux que les hôtes ressentent un accueil humain, chaleureux, et qu’ils repartent avec le souvenir d’une équipe qui a donné le meilleur d’elle-même.

La Voix des Vignes : Tu as beaucoup voyagé et travaillé à Paris. Pourquoi être revenu en Aveyron ?

Parce que ce territoire m’a adopté. Je suis originaire du Tarn, mais depuis 2016, en travaillant avec la famille Rouquet et la famille Bras, je me sens Aveyronnais. Aujourd’hui, je défends ce département, ses valeurs, ses paysages, son tourisme. C’est une fierté d’y contribuer.

La Voix des Vignes : Comment concilies-tu respect du patrimoine et développement moderne ?

C’est tout le défi. Labro, c’est à la fois le XVIᵉ, le XIXᵉ et des extensions des années 2000. Le défi, c’est que tout s’harmonise. Nous avons besoin de modernité et de confort, mais de manière discrète, pour que l’authenticité du lieu reste intacte.

La Voix des Vignes : Tu parles souvent de tes équipes. Quelle place occupent-elles dans ton projet ?

Une place centrale. Sans elles, je ne suis rien. C’est pour ça que nous sommes ouverts à l’année : pour fidéliser. J’essaie d’être juste, de donner de bonnes conditions de travail, et en retour, je reçois un engagement incroyable. L’équipe vit l’aventure comme moi, et c’est ce qui rend le château vivant.

La Voix des Vignes : Quels projets aimerais-tu développer dans les prochaines années ?

Au-delà des rénovations régulières, j’aimerais créer de nouvelles expériences. Par exemple, un jacuzzi extérieur accessible toute l’année avec vue sur les vignes et le coucher de soleil, une chambre intégrée au Clos Labro avec piscine privatisable, ou encore un bassin de nage chauffé intérieur-extérieur.

La Voix des Vignes : Et pour toi, personnellement, qu’est-ce que représente le Château de Labro ?

Le Château de Labro, c’est tout pour moi : mes joies, mes doutes, mes fiertés et mes inquiétudes. C’est aussi une vingtaine de collaborateurs qui comptent sur moi autant que je compte sur eux. C’est mon lieu de vie, puisque j’y réside au quotidien. Parfois, c’est exigeant, mais j’ai conscience de ma chance : habiter chaque jour un lieu que d’autres viennent découvrir le temps d’une nuit.

La Voix des Vignes : Enfin, quelle est l’expérience idéale que tu aimerais offrir à tes hôtes ?

C’est un peu cliché, mais j’aimerais que les hôtes pleurent deux fois : quand ils arrivent et quand ils repartent. Pour moi, un hôtel est une destination en soi. J’ai des souvenirs de petits déjeuners au bord d’une rivière, d’un coucher de soleil en terrasse, d’un matin à Collioure… Ce sont ces instants qui marquent une vie. Je veux que les hôtes de Labro repartent avec ce type de souvenir : un moment gravé, qui les rend heureux d’y repenser des années plus tard.

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Elles continueront de veiller sur le Clos Labro, de se refléter dans la piscine et de se parer de nouvelles couleurs au fil des saisons. Les 1 200 ceps de vigne qui font du Château de Labro un lieu unique ont vu naître le projet de Jean et Nizou Rouquet, grandir sous l’œil attentif de leur fils Jean-Michel, et s’épanouir aujourd’hui entre les mains de Rémi Nabaillès. “La Voix des Vignes” se tait un instant… mais son murmure demeure, invitant chaque hôte à écrire à son tour un fragment de l’histoire de Labro.